Wednesday, July 11, 2007

Gad Elmaleh reve de retourner au Centre Hillel

ELIAS LEVY
Reporter

Gad Elmaleh caresse un rêve depuis longtemps: retourner au Centre Hillel francophone de Montréal, sis sur la rue Gatineau, pour présenter un one-man-show.
“C’est un rêve absolu qui trotte sans cesse dans ma tête: retourner sur la petite estrade du Centre Hillel pour faire un petit show. Je parle souvent de ce projet avec mon pot Carl Abitbol. C’est au Hillel que tout a commencé. Je veux ressentir la sensation qui m’électrifiait lors de mes premiers shows. C’est ce qui me permet de garder la tête froide et d’aller de l’avant avec de nouveaux projets de spectacles”, confie le très célèbre humoriste en entrevue depuis un hôtel de Genève, où nous l’avons joint.
C’est au Centre Hillel que Gad Elmaleh rêvait de jouer un jour dans des grandes salles de spectacle.
“Aujourd’hui, il m’arrive de présenter mes spectacles dans une ville devant 10000 ou 12000 personnes. Il faut que je me protège de ça, que mes pieds restent sur terre, que je ne perde pas le sens des perspectives, dit-il. Surtout, je ne dois pas oublier que j’en ai rêvé quand je faisais des Cafés-shows au Centre Hillel devant 200 ou 100 personnes. Ce qui est très étonnant, c’est que quand il n’y avait que 100 spectateurs au Hillel, pour moi on affichait complet. À chaque étape de ma carrière, je me suis dit, sans aucune prétention: “Je suis au top!” C’est une manière de me protéger, de me dire: “Profite de ce qu’il y a maintenant. Les choses pourraient changer demain”. Seuls un bon sens de l’humour et une pointe de dérision nous permettent de garder la tête froide dans ce type de situation. Sinon, tu peux déraper complètement.”
Gad Elmaleh sera bientôt de retour à Montréal pour présenter en première mondiale son nouveau spectacle, Papa est en haut, dans le cadre de l’édition 2007 du Festival Juste pour Rire.
Ce one-man-show sera à l’affiche deux soirées seulement, les 15 et 16 juillet, à 21h30, à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts.
Dans Papa est en haut, Gad abordera des thèmes très variés ayant comme toile de fond les joies d’avoir un enfant tout en étant une star reconnue. Un spectacle à forts relents autobiographiques qui nous fera rire aux larmes et nous émouvra aussi par moments.
“La plupart de mes spectacles sont en partie autobiographiques. J’ai eu un enfant. Donc, forcément, mes rapports avec les enfants ça fait partie de mon autobiographie. Toujours dans cet esprit de tordre les phrases qu’on dit aux enfants et que ces derniers nous disent. Ce spectacle aborde de front la question de la complexité d’avoir de l’autorité avec un enfant quand on est un humoriste reconnu par le public. Quand on est un humoriste, c’est une chose qui peut être drôle à raconter mais qui peut être aussi parfois un peu triste. Quand ton fils te regarde à la télé faire un sketch et que juste après tu lui dis “Allez, éteint la télé et va dormir”, ça ne va pas ensemble!”
Adaptera-t-il son nouveau spectacle au public québécois en s’exprimant avec l’accent joual du terroir comme lui seul sait le faire?
“Absolument. Je me dois d’adapter le spectacle au Québec, pas uniquement parce que ça fait plaisir au public québécois, mais aussi parce que ça me fait plaisir. À travers des petits clins d’oeil québécois, je me fais plaisir. Ce n’est pas un petit coup de nostalgie, je n’aime pas ce mot, mais des souvenirs, des clins d’oeil sur les expériences que j’ai vécues durant mes années québécoises. Quand le public de Montréal vient me voir, il vient voir non seulement un humoriste, mais aussi un humoriste qui connaît le Québec. Ils savent consciemment, ou inconsciemment, que je suis quelqu’un qui les connaît, qui a vécu la vérité québécoise, pas seulement le cliché de l’accent. Ça, c’est juste rigolo, mais ça ne dure que quelques minutes.”
Réserve-t-il aussi quelques surprises au public sépharade montréalais?
“Oui, il y aura dans ce spectacle des choses qui concernent les Sépharades. Dans mon spectacle précédent, L’Autre c’est moi, j’avais amorcé une “réflexion” sur l’avenir de l’identité sépharade -il pouffe de rire- en présentant une espèce de portrait d’un mariage mixte entre un Juif sépharade et une Québécoise. J’ai expliqué par des expériences vécues au quotidien que l’impossibilité de cette relation ne venait pas de la religion mais des différences culturelles énormes qui séparaient ces deux êtres pleins de tendresse et de bonne volonté. Toute cette “réflexion” bien sûr regorgeait d’humour et tournait à la dérision. Il y aura un brin de ça dans Papa est en haut. J’aime bien provoquer et titiller les Québécoises. Je ne sais pas pourquoi, mais j’aime ça!”
Se considère-t-il comme un humoriste juif sépharade marocain?
“Je n’aime pas me définir comme ça. Je pense toujours au gars qui ne me connaît pas, je ne pense jamais au gars qui me connaît. Quand on me demande de me définir, je pense toujours à ceux et celles qui n’ont jamais entendu parler de moi. Il est indéniable que mon identité juive, sépharade et marocaine occupe une place importante dans ma vie et nourrit mon regard sur le monde. Si je n’étais pas Juif, si je n’étais pas né au Maroc, je ne regarderais pas le monde de cette manière. Si je n’avais pas reçu une éducation juive, si je n’avais pas eu un rapport avec le spirituel et l’irrationalité, je crois que jamais je n’aurais eu le regard que je porte aujourd’hui sur le monde, la vie, les personnes, les choses…”
Les valeurs inhérentes à l’éducation juive qu’il a reçue au Maroc quand il était enfant l’aident à affronter plus sereinement les aléas du succès artistique.
“Sans cette éducation juive, il est fort probable que j’aurais déjà pété un plomb! Je n’ai pas reçu une éducation religieuse, mais une éducation qui m’a transmis des valeurs et des enseignements cardinaux sur: le sens du respect et du Kavod, l’orgueil, la modestie, la charité, le respect d’autrui, le rapport au sacré… Après, on peut adapter comme on veut ces valeurs et enseignements aux situations auxquelles on fait face dans la vie. Quand tu as de la notoriété, cet enseignement et ces valeurs t’aident beaucoup. Quand tu vas à la synagogue et tu fais la prière, ça t’aide parce que tu as été confronté à des choses qui peuvent paraître irrationnelles, totalement folles, mais que tu dois respecter. Mon éducation juive m’a aidé à me protéger face à la notoriété, qui est une réalité très abstraite, et à respecter mes rêves.”
Pour un artiste, les rêves d’enfance sont le carburant qui le motive à persévérer pour atteindre des sommets plus hauts, croit cette méga star de l’humour francophone.
“Quand tu rêves d’une chose, il ne faut pas oublier quand elle se réalise que tu l’as un jour rêvée. Tu ne peux pas faire le malin avec la vie. Hier soir, à Genève, l’acteur Jean Reno est venu de Paris pour voir mon spectacle. Jean Reno est né aussi à Casablanca, il est parti à 17 ans, il a eu comme moi une enfance marocaine. Il a réussi aux États-Unis -il est un des rares acteurs français à avoir accompli cette prouesse. On a beaucoup de points communs. Ce qui est bizarre, c’est que quand on est môme, on a des gens qu’on admire. Ce sont nos moteurs, nos modèles. Le jour où on rentre dans ce métier, on les rencontre. On fait alors comme si c’était normal, on oublie nos premières fascinations. Jean Reno a été pour moi un de mes moteurs. Je lui ai rappelé hier soir devant le public genevoix. Il faut respecter et ne jamais oublier les rêves qu’on a eus quand on était enfant.”
En plus de sa carrière sur les planches, Gad Elmaleh a participé ces dernières années à de nombreux projets cinématographiques. Le public québécois pourra bientôt le voir dans le film Hors de prix aux côtés d’Audrey Tautou (l’héroïne du Fabuleux destin d’Amélie Poulain et de Da Vinci Code). Une comédie romantique de Pierre Salvadori qui a connu en France un grand succès: plus de 2 millions d’entrées.
Il s’attelle actuellement à l’écriture du scénario d’un film dont il sera le metteur en scène. L’héros de cette aventure loufoque sera l’un des personnages fétiches de ses spectacles, Coco, un Juif sépharade mégalomane qui veut organiser pour son fils une Bar Mitzvah grandiose, qui fera date dans les annales du judaïsme…
“Ce sera un film dans la lignée de La vérité si je mens, qui sera produit par un grand producteur français, Alain Goldman, qui vient de produire La Môme, le film sur la vie d’Edith Piaf. Pour l’instant, le seul qui a accepté de tourner dans ce film c’est moi. Je ne suis pas sûr que je vais me faire passer un casting pour le rôle!”
Gad Elmaleh semble être beaucoup plus emballé par les spectacles sur scène que par le cinéma.
“Je ne vous cacherai pas que je suis beaucoup plus heureux sur scène qu’au cinéma. Le one-man show m’apporte tellement de joie et d’intensité sur scène. Au cinéma, je veux faire des choses intéressantes, des projets qui m’excitent, comme écrire des scénarios de films.”

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